Voici un article de TVA nouvelles pour voir le reportage cliquez ici

Depuis plusieurs mois, une décision judiciaire empêche les contrôleurs routiers d’intervenir directement sur la route, exposant ainsi les usagers à des risques accrus, selon le syndicat des contrôleurs routiers. Entre hausse des infractions, retrait des contrôles essentiels et manque d’armement, les agents dénoncent une situation qui pourrait rapidement dégénérer en catastrophe.

«Le free-for-all est commencé. La délinquance est en augmentation», déplore Jean-Claude Daignault, président de la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec (FCCRQ). «Tout est en place pour une catastrophe majeure routière comme on a eu aux Éboulements. Ce n’est pas facile pour mes membres qui sont confinés à un poste de contrôle, parce que c’est ça que la décision est venue dire.»

Actuellement, les contrôleurs ne peuvent intervenir qu’au poste de pesée, comme celui de l’autoroute 25 à Laval, où ils sont plus nombreux que d’habitude pour vérifier la conformité des poids lourds.

TVA Nouvelles a été invitée à visiter le poste de pesée, où une dizaine d’agents de la paix de la SAAQ étaient présents.

Sous le couvert de l’anonymat, plusieurs ont exprimé leur frustration d’être désormais cantonnés exclusivement à ce poste de contrôle, ce qui limite considérablement leur capacité d’intervention sur la route. Certains agents, notamment ceux de Saint-Jérôme, doivent même faire la route jusqu’à Laval pour travailler, faute de poste de pesée dans leur secteur.

Pourtant, selon le président Daignault, «on reçoit beaucoup d’informations, mais on n’est pas en mesure d’intervenir. Ce sont les corps de police qui doivent pallier cela».

Il est maintenant impossible pour un contrôleur routier d’intervenir.

S’il voit une infraction, il doit faire comme un citoyen et appeler la police.

Le syndicat alerte sur une augmentation des risques pour la population: hausse des accidents, infractions plus fréquentes, arrêt de la surveillance des matières dangereuses au tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, et suspension du contrôle des taxis.

Un incident récent à Gatineau illustre bien cette situation: un chauffeur a transporté des passagers dans le coffre arrière de son véhicule, une infraction grave entraînant 12 points d’inaptitude, la suspension immédiate du permis, le remorquage du véhicule et une amende de plus de 1000$.

Pourtant, dans le contexte actuel, les contrôleurs ne peuvent intervenir.

Les outils de défense des contrôleurs sont aujourd’hui très limités: un bâton télescopique et du poivre de Cayenne, jugés insuffisants par des experts.

«Ces outils ne sont pas des armes magiques», explique Stéphane Wall, ancien policier du Service de police de la Ville de Montréal et expert en emploi de la force. «Ce n’est pas parce qu’on donne quelques coups de bâton que l’individu va obtempérer.»

Le syndicat affirme qu’en avril 2024, une entente avait été conclue avec le gouvernement pour armer les contrôleurs, mais cette décision a été annulée à un plus haut niveau.

Depuis mars, la baisse des interventions des contrôleurs a aussi un impact financier: les revenus liés aux contraventions ont chuté de plus de six millions de dollars, selon le syndicat, avec un passage de 3500 à moins de 1000 constats mensuels.

Par courriel, le cabinet de la ministre Geneviève Guilbault assure travailler étroitement avec la SAAQ, responsable des contrôleurs, ainsi qu’avec le syndicat, pour trouver des solutions conformes au jugement, sans compromettre la sécurité. Le retour des agents sur le terrain demeure une priorité.

Face à cette situation, le syndicat a obtenu plusieurs lettres d’appui pour l’armement de ses membres, notamment de la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec, de la Fraternité des policiers et policières de Montréal et de l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec.

Mais la situation pèse lourdement: plusieurs contrôleurs routiers ont récemment choisi de quitter leur poste, inquiets pour leur sécurité et frustrés par leurs moyens limités d’intervention.