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L’absence totale des contrôleurs routiers dans Charlevoix pourrait mener à une tragédie semblable à celle de 1997 aux Éboulements, avertit le président de la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec.
Le 6 mars dernier, la juge du Tribunal administratif du travail (TAT), Danielle Tremblay, s’est rangée du côté de la Fraternité des constables du contrôle routier. Le syndicat avait porté plainte devant les risques et les dangers vécus par ses membres lors de leurs interventions.
Les contrôleurs routiers réclament notamment le droit de porter une arme à feu afin de se protéger lorsqu’ils patrouillent et interceptent les usagers de la route.
Dans son jugement, le TAT a interdit à tous les contrôleurs routiers de la province d’effectuer des patrouilles. Les constables sont ainsi confinés à leurs postes de contrôle depuis le mois de mars, un environnement jugé «sécuritaire» pour ces derniers.
Toutefois, dans Charlevoix, il n’y a plus de poste pour les constables du contrôle routier depuis 2018. Les contrôleurs routiers sont donc totalement absents de la région depuis ce printemps.
Une autre tragédie se dessine?
«Au moment où on se parle, c’est pire que la situation qui a mené à l’accident d’autobus aux Éboulements», soutient Jean-Claude Daignault, président de la Fraternité.
Le 13 octobre 1997, un autobus avec des freins défectueux a dévalé la Grande Côte entre les Éboulements et Saint-Joseph-de-la-Rive, avant de s’écraser au fond d’un ravin près du fleuve. Avec 44 morts, il s’agit de la plus grosse tragédie routière de l’histoire du pays.
«À l’époque, il y avait une note interne qui nous interdisait d’intercepter les autobus. Certaines compagnies le savaient et avaient commencé à négliger leurs entretiens et leurs vérifications», relate M. Daignault.
Selon lui, l’absence des patrouilles du contrôle routier sur le réseau québécois pourrait à nouveau engendrer un relâchement et de la négligence chez les propriétaires et conducteurs de poids lourds.
«Avant le jugement, nos constables passaient 70% de leur temps en patrouille. Les contrevenants savent où sont les postes de contrôle, ils sont souvent capables de prendre des routes pour les éviter», ajoute-t-il.
M. Daignault cite en exemple l’accident survenu en juin à Baie-Saint-Paul, lorsqu’un poids lourd a foncé dans un magasin et a fait une victime. Il souligne que cet évènement aurait possiblement pu être évité avec la présence de contrôleurs sur les routes.
«Ça ne tient pas la route»
Tout en soulignant que les modifications qui ont été apportées à la Grande Côte depuis 1997 empêcheraient un autobus de se retrouver au fond du ravin, le maire des Éboulements, Emmanuel Deschênes, est en accord avec le président de la Fraternité.
«Avec l’absence de contrôleurs routiers, les poids lourds peuvent passer free à toutes les zones de vérifications des freins, et s’envoyer pas de freins dans les côtes de Charlevoix», s’inquiète M. Deschênes.
«Je ne connais pas d’autre région au Québec où il y a autant de côtes, de zones de vérifications de freins et de lits d’arrêt que Charlevoix. Ne pas avoir de contrôleurs routiers ici, ça ne tient pas la route.»
— Emmanuel Deschênes, maire des Éboulements
Il soutient que la présence des contrôleurs routiers, qu’elle soit visible ou non, encourage les conducteurs de poids lourds à faire leurs vérifications de frein afin d’éviter les amendes.
«Allez vous asseoir en bas de la Grande Côte, en bas des côtes de Baie-Saint-Paul ou de Clermont, c’est sûr que ça sent les brakes. Avec le trafic et les feux de circulation en bas des côtes de Baie-Saint-Paul, je suis désolé, mais c’est pas le dernier mort qu’il va y avoir là», affirme M. Deschênes.
«Pas question de compromettre la sécurité»
La députée de Charlevoix-Côte-de-Beaupré, Kariane Bourassa, indique pour sa part «qu’il n’est pas question de compromettre la sécurité des contrôleurs ni celle des usagers de la route» et que «tous les efforts et les actions nécessaires sont mis en place» afin que les contrôleurs puissent reprendre leurs patrouilles.
«Le cabinet de la ministre [des transports] travaille étroitement avec la Société de l’assurance automobile du Québec, responsable des contrôleurs routiers, pour mettre en place les ajustements nécessaires», indique Mme Bourassa.
«Une fois complétés, les travaux seront soumis à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et sécurité au travail, mandatée par le TAT afin de déterminer si les mesures prises par l’employeur sont suffisantes pour soulever les dérogations et permettre le retour des patrouilles», ajoute-t-elle.
Le préfet de Charlevoix et maire de la municipalité de Saint-Hilarion, Patrick Lavoie, souligne que sa MRC fait des démarches auprès du gouvernement du Québec afin qu’une solution soit trouvée dans ce dossier qui met à risque les contrôleurs routiers tout comme les usagers de la route.
«On le voit présentement, il y a beaucoup de dossiers qui trainent. Je pense que celui-là, ce n’est pas un dossier qui doit trainer», conclut M. Lavoie.

