Voici un article du Devoir

Afin de faire entendre leurs revendications au sujet des « chauffeurs illégaux » et du risque pour la sécurité que ces derniers posent, des camionneurs ont ralenti la circulation sur de grands axes routiers des grandes régions de Montréal, de Québec et de Trois-Rivières, lundi matin.

Les différents convois ont entamé leur trajet dès 5 h, après avoir commencé à se regrouper une heure plus tôt. Les diverses manifestations ont pris fin aux alentours de 9 h. L’objectif du rassemblement était de ralentir la circulation, sans nécessairement la paralyser. Pour ce faire, les convois prévoyaient rouler en respectant les vitesses minimales.

La Sûreté du Québec (SQ) dit avoir encadré les différents événements, affirmant qu’il n’y avait pas eu de débordements et qu’elle n’avait pas eu à intervenir. Les entraves à la circulation ont également été moindres que ce qui avait été initialement envisagé.

Le groupe « Assez, c’est assez » revendique principalement une action du gouvernement dans le dossier des chauffeurs de camion qui travaillent de manière illégale, soit sans formation ou même sans permis de conduire.

Dans la pétition qu’il a lancée, le groupe réclame que « le gouvernement répartisse les solutions entre les compétences provinciales et fédérales, afin que chaque niveau assume pleinement ses responsabilités ».

L’une de ces solutions pourrait prendre la forme « d’infrastructures appropriées pour un contrôle plus strict des règlements de transport », jugées « essentielles » ou encore d’un meilleur encadrement de la formation des camionneurs, soutient « Assez, c’est assez ».

L’Association du camionnage du Québec (ACQ), qui représente plusieurs compagnies du milieu, dénonce le même phénomène, sans toutefois se ranger derrière les manifestations, jugeant que la cause n’a « pas besoin d’être illustrée par des mouvements de ralentissement ou de blocage qui seraient contre-productifs, éphémères et sans effet réel sur les enjeux de fond ».

Un « Far West »

La problématique réside dans le phénomène des « chauffeurs inc. », des camionneurs engagés par des entreprises, mais qui ne respectent pas les normes de travail ou celles de l’entretien de leurs véhicules, détaille le p.-d.g. de l’ACQ, Marc Cadieux, en entrevue.

Certains de ces chauffeurs arrivent « par l’entremise des organisations qui les font venir par l’immigration », avance-t-il. « Alors, ils rentrent souvent à titre de […] réfugiés, ils obtiennent un permis de travail après quelques semaines, puis [sont amenés] dans des écoles de conduite de complaisance qui vont leur délivrer des certifications », soutient M. Cadieux, qui dénonce un risque de sécurité accru en raison de la présence de ces camionneurs sur la route.

En « tournant les coins ronds » pour les salaires et l’entretien, les entreprises de transport peuvent offrir aux « chauffeurs inc. » des contrats à prix beaucoup moins élevés qu’aux camionneurs qui respectent les normes, poursuit-il.

Une situation qui ressemble au « Far West », soutient Marc Cadieux. D’autant plus qu’il « n’y a pas de shérif en ville », souligne-t-il en référence à la baisse du nombre des agents de contrôle routier au Québec, ce qui permet à ces « chauffeurs inc. » de circuler sur la route avec moins de risques de vérification.

Pour y remédier, l’ACQ est en communication avec le ministère québécois des Transports et de la Mobilité durable, surtout depuis l’arrivée de son nouveau ministre, Jonatan Julien.

Dans une déclaration écrite transmise au Devoir, ce dernier affirme s’occuper du dossier. « Suivant ma récente nomination, mon équipe et moi avons rapidement eu des rencontres de travail, et d’autres sont à venir pour agir contre les “chauffeurs inc.” et ramener les contrôleurs routiers sur les routes dès que possible. La sécurité des Québécois est une priorité pour notre gouvernement, et nous sommes en action pour la protéger. »