Voici un article de La Presse concernant les Contrôleurs routiers

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Exclus des routes depuis sept mois, les contrôleurs routiers du Québec demandent de pouvoir y patrouiller de nouveau le plus tôt possible, après une récente série d’accidents mortels impliquant des poids lourds. Le nouveau ministre des Transports, Jonatan Julien, assure à La Presse qu’il s’agit de sa priorité.

Vendredi, deux passagers, dont un enfant de 6 ans, ont perdu la vie dans une collision avec un semi-remorque, sur l’autoroute 30 à la hauteur de Beauharnois. Il s’agit du quatrième évènement fatal impliquant un camion lourd sur les autoroutes du Québec en moins de deux mois.

« J’avais envoyé une lettre au mois d’août à la ministre des Transports [Geneviève Guilbault], disant que j’étais extrêmement inquiet et que je craignais une catastrophe routière », souligne Jean-Claude Daignault, président de la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec (FCCRQ), joint par La Presse samedi.

Depuis mars dernier, les contrôleurs routiers de la province sont cantonnés à leurs postes de contrôle, sans pouvoir intervenir sur les routes de manière aléatoire. Le Tribunal administratif du travail (TAT) a décrété que leur métier était trop dangereux pour qu’ils travaillent sans être armés, ce qui est toujours le cas.

Résultat : le nombre d’interceptions réalisées par les quelque 300 constables de la province, des employés de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) chargés de faire respecter les normes en matière de camionnage, est en chute libre.

En 2024, ils en ont cumulé 108 757, soit en moyenne environ 9000 interceptions par mois. Depuis mars, selon le mois, on en compte plutôt de 3000 à 4500, ce qui nourrit un sentiment d’impuissance.

Les morts s’empilent, les blessés graves aussi. C’est une série noire qui se produit. C’est le Far West dans l’industrie du transport.

 Jean-Claude Daignault, président de la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec

La collision de vendredi survient plus d’un mois après la mort de Tanya Lalonde, 34 ans, et de son fils Eliot, 5 ans, qui ont perdu la vie dans une collision sur l’autoroute 30 Est, à la hauteur de Boucherville, le 27 août dernier.

La veille, le 26 août, cette fois sur l’autoroute 20, à Saint-Hyacinthe, un camionneur avait pris la fuite après avoir causé la mort d’un homme, en plus d’avoir blessé trois autres personnes.

Quelques semaines plus tôt, le 7 août, une adolescente de 15 ans a perdu la vie dans un grave accident de la route impliquant un semi-remorque et deux véhicules sur l’autoroute 40 à la hauteur de Trois-Rivières, en Mauricie.

Des accidents « de trop »

Pour le ministre des Transports et de la Mobilité durable, Jonatan Julien, en poste depuis trois semaines, la mort d’un enfant et d’un adulte vendredi est un « évènement terrible ». « Ça nous fait réfléchir avec beaucoup d’empathie. Chaque fois, c’est une de trop », dit-il au téléphone.

Quant à la réinsertion des contrôleurs routiers, « c’est ma priorité, au sommet de ma pile », répond le ministre. Celui-ci explique avoir des discussions chaque jour avec les acteurs concernés : contrôleurs, direction et conseil d’administration de la SAAQ.

Dans sa décision de mars, le TAT a énoncé 27 avis de correction, auxquels la SAAQ a répondu en soumettant des plans d’action à la CNESST. « La CNESST vient tout juste de commenter ces plans d’action et d’indiquer l’ensemble des documents probants dont elle aura besoin pour donner son accord au retour sur la route », a indiqué samedi à La Presse le ministère des Transports.

« Ça fait des mois qu’on me dit que c’est prioritaire. Je suis très déçu de voir le temps que le gouvernement prend », déplore M. Daignault, de la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec.

Armer les contrôleurs

Les constables en contrôle routier sont des agents formés pendant 21 semaines à l’École nationale de police, spécialisés en infractions dans l’industrie du transport. Dans leur métier, ils sont appelés à arrêter des véhicules volés, saisir des armes à feu et faire respecter les normes en camionnage, notamment sur le poids et la nature de la marchandise ou les heures au volant et les temps de repos. Cela peut être dangereux, comme l’a déclaré le TAT.

Mais contrairement aux policiers, les contrôleurs routiers n’ont pas d’arme de service. C’est l’un des points clés énoncés dans les dérogations soumises par le Tribunal.

Il n’y a pas mille solutions. C’est soit le taser, soit l’arme à feu, l’un ou l’autre. J’ai ma recommandation, que je ne divulgue pas pour respecter la procédure.

 Jonatan Julien, ministre des Transports, au sujet d’armer les contrôleurs

« C’est certain que pour nous, c’est l’arme à feu, lance de son côté Jean-Claude Daignault, de la Fraternité. Pour le camionneur qui transporte des millions en marchandises illégales, il faut avoir l’arme à feu. Beaucoup de mes membres ferment les yeux sur des choses qu’ils voient, parce qu’ils veulent revenir à la maison le soir. »

À cet égard, les associations et syndicats des gardes de la faune, des policiers municipaux, des policiers provinciaux, des policiers de Montréal, des agents frontaliers, des agents en services correctionnels et des constables spéciaux ont déjà tous signifié leur appui pour l’obtention d’une arme de service chez les contrôleurs routiers, par l’entremise de lettres officielles en 2021.

Le cas albertain

En Alberta, le gouvernement provincial a lancé vendredi une vaste offensive contre les acteurs négligents dans le milieu du camionnage : écoles de formation fermées, retrait des routes d’entreprises, lettres disciplinaires envoyées, amendes, inspections, audits et sanctions contre le stratagème des « Chauffeurs Inc. ».

Ces « chauffeurs incorporés » sont des camionneurs embauchés comme sous-traitants. Ils ne possèdent pas leur propre équipement et ne font que vendre leurs services auprès d’un client unique. C’est une pratique dénoncée par l’industrie, car elle permet à l’entreprise fautive ayant recours à ce modèle de réaliser d’importantes économies, créant ainsi une concurrence déloyale.

Questionné à ce sujet, le ministre Julien n’a pas exclu de suivre l’exemple albertain afin de resserrer la réglementation et d’assurer une meilleure sécurité routière, mais il insiste d’abord sur la nécessité de ramener les contrôleurs sur les routes.

Celui-ci affirme souhaiter leur retour progressif dans les prochaines semaines. Il mentionne que « c’est un travail au quotidien » et que « ça avance à une bonne vitesse ».

« De tout mon cœur, j’espère qu’on va revenir le plus rapidement possible, plaide de son côté Jean-Claude Daignault. Ça ne marche pas, 10 agents confinés dans un cabanon sur le bord de l’autoroute. Ça a bien trop duré, il faut que le gouvernement se grouille. »

Avec la collaboration d’Éric Martel, La Presse

  • 18 Nombre de municipalités du Québec qui ont officiellement signé une résolution d’appui pour le retour des constables en contrôle routier sur les routes de la province
    Source : Fraternité des constables du contrôle routier du Québec