Voici un article de La Presse sur le Contrôle Routier

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Le conducteur d’un camion lourd qui a causé un accident sur l’autoroute 30 le mois dernier était au volant depuis 57 heures, selon le président de la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec, Jean-Claude Daignault. L’industrie du camionnage est devenue un « Far West », dénoncent des représentants de ce secteur, qui pressent le gouvernement fédéral d’agir contre les délinquants.

« Le conducteur de ce véhicule-là, qui était un “chauffeur inc.”, ça faisait 57 heures qu’il conduisait sans avoir eu 8 heures de repos », a soutenu M. Daignault en point de presse lundi à Ottawa, où il s’est rendu avec une délégation d’une dizaine d’acteurs de l’industrie.

La Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) interdit aux chauffeurs de poids lourds de conduire pendant plus de 13 heures et exige qu’ils prennent au moins 8 heures de repos consécutives par période de 24 heures.

Le conducteur aurait percuté un muret au petit matin près de Saint-Bruno-de-Montarville, mais s’en est tiré avec des blessures mineures. L’accident a forcé la fermeture de l’autoroute 30 durant plusieurs heures.

« À la 57heure, c’est là qu’il a crashé », a expliqué le représentant des contrôleurs routiers. « Il aurait continué combien de temps ? Je ne le sais pas. Ça veut dire qu’il avait pris un deux heures ici, un trois heures là, mais la réglementation oblige à avoir huit heures de repos consécutives. »

Far West

Selon les dernières données de la SAAQ, le nombre de décès survenus lors d’accidents impliquant des véhicules lourds a augmenté de 35 % en un an.

Depuis l’arrivée des « chauffeurs inc. », qui vendent leurs services au rabais à des entreprises sans être des employés, l’industrie du camionnage s’est transformée en « Far West », s’insurgent plusieurs acteurs de ce secteur.

Ces chauffeurs incorporés – souvent issus de l’immigration – ne possèdent aucun équipement et vendent leurs services à un seul client. Dénoncée par l’industrie, cette pratique permet d’importantes économies aux entreprises qui font appel à ces chauffeurs. Le donneur d’ouvrage ne verse pas d’avantages sociaux et n’assure pas de protections de base du travail. Ces entreprises peuvent donc réduire leurs tarifs, ce qui représente une concurrence déloyale, déplorent les opposants.

« Les consultants incorporés sont surexploités par leurs employeurs », a soutenu le président-directeur général de l’Association du camionnage du Québec (ACQ), Marc Cadieux, lors du point de presse. « Les accidents sur la route impliquant des camions se sont multipliés au cours des derniers mois. »

« Ce sont de dangereux tricheurs. Ils entachent la réputation de notre industrie et mettent à genoux des entreprises familiales intergénérationnelles », a-t-il ajouté.

Le Centre de formation du routier de Montréal, le regroupement Assez c’est assez pour sauver l’industrie du camionnage de même que plusieurs représentants d’entreprises de transport faisaient aussi partie de la délégation qui demande au gouvernement fédéral de sévir contre les entreprises et les chauffeurs qui mettent la sécurité du public en péril.

Leur sortie survient trois jours après qu’un autre accident impliquant un semi-remorque eut coûté la vie à un adulte et à un enfant de 6 ans sur l’autoroute 30. Depuis le mois d’août, une série d’accidents mortels impliquant des poids lourds sont survenus sur les autoroutes québécoises, dont celui du 27 août où Tanya Lalonde, 34 ans, et son fils Eliot, 5 ans, ont perdu la vie.

Ils font déjà pression sur le gouvernement du Québec, mais estiment qu’Ottawa a aussi un grand rôle à jouer pour assurer la sécurité des automobilistes. La délégation n’a toutefois rencontré aucun ministre du gouvernement de Mark Carney lors de son passage à Ottawa.

Resserrer les règles

« C’est d’abord et avant tout un problème fédéral. On est régi par le fédéral présentement et c’est le fédéral qui n’agit pas », a dénoncé le président-directeur général de l’entreprise de camionnage Groupe DFS, Daniel Bérard, qui compte 550 employés au Québec.

Ils sont arrivés à Ottawa avec une liste de dix demandes, qui ont été transmises par le Bloc québécois, dont l’ouverture d’une enquête officielle sur l’exploitation des chauffeurs dans l’industrie du camionnage en vertu de la Loi sur le transport routier.

Ils demandent également l’interdiction pour les immigrants temporaires de travailler comme chauffeurs incorporés et l’établissement d’un registre des entreprises fautives. Celles qui bafouent les règles ne devraient plus pouvoir embaucher de travailleurs étrangers temporaires, selon eux.

L’Agence du revenu du Canada devrait aussi sévir en réclamant les impôts non payés par les entreprises qui font appel aux « chauffeurs inc. ».

« Nous avons créé une équipe d’inspection spécialisée qui a déjà mené plus de 100 000 inspections et activités de sensibilisation », a répondu la ministre de l’Emploi et des Familles, Patty Hajdu, dans un français laborieux, lors d’un échange avec le député bloquiste Xavier Barsalou-Duval durant la période des questions à la Chambre des communes.

Peu de temps après, son ministère a diffusé des données sur la conformité des entreprises qui participent au Programme des travailleurs étrangers temporaires, en donnant l’exemple d’un employeur dans le secteur du transport routier qui a reçu une amende de 150 000 $ « pour avoir omis d’exploiter son entreprise de manière légitime et de fournir les documents exigés aux inspecteurs ».

Sur les 1435 inspections réalisées par Emploi et Développement social Canada, 10 % des employeurs, tous secteurs confondus, ont été déclarés non conformes et 36 ont été suspendus, « soit trois fois plus qu’au cours de l’année précédente », a précisé le ministère. Les pénalités ont plus que doublé, passant d’un peu plus de 2 millions à près de 4,9 millions, indique-t-il.

« Les Québécois méritent de se sentir en sécurité sur nos routes et leurs inquiétudes sont légitimes », a réagi le lieutenant politique pour le Québec du Parti conservateur du Canada, Pierre Paul-Hus, sur X. « Le gouvernement libéral de Mark Carney doit cesser de fermer les yeux, assumer ses responsabilités et mettre en place des mesures concrètes pour assurer la sécurité des Québécois et de tous les Canadiens sur nos routes. »

Une étude de la problématique des chauffeurs au rabais doit débuter mardi au Comité permanent des transports, de l’infrastructure et des collectivités de la Chambre des communes. Plusieurs acteurs de l’industrie du camionnage à l’échelle du pays doivent témoigner.

Avec Julien Arsenault, La Presse

Rectificatif
Une version précédente de cet article rapportait que le conducteur du camion qui était au volant depuis 57 heures est celui qui avait fauché la vie de Tanya Lalonde, 34 ans, et de son fils Eliot, 5 ans, sur l’autoroute 30 à la fin du mois d’août. Or, il s’agit d’un autre accident survenu quelques semaines plus tard en septembre et qui n’a fait aucune victime. Nos excuses.