Voici un article du Journal de Montréal

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Un ex-enquêteur de Contrôle routier Québec (CRQ) dénonce la facilité avec laquelle des camionneurs dangereux peuvent continuer de rouler sur nos routes.

«Il y a seulement huit enquêteurs [inspecteurs en entreprise] pour l’ensemble du Québec», déplore Jean-Denis Bédard, qui a été enquêteur pour CRQ durant 18 ans.

«On n’a pas besoin de faire de grandes études pour comprendre que ça n’a aucune efficacité», lâche celui qui est à la retraite depuis janvier dernier, mais qui reste consultant en transport avec sa firme, Solutions Conformité Globale.

Ces inspecteurs en entreprise sont cruciaux, car ils peuvent exécuter un mandat de perquisition directement dans la compagnie afin de saisir des éléments de preuve, dit-il.

À la mi-octobre, Québec a ordonné une enquête publique sur des décès impliquant des camions lourds, dont le nombre a explosé de 35% entre 2023 et 2024, passant de 74 à 100, selon la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).

Lundi, Le Journal rapportait qu’un camionneur avait été arrêté à Boucherville après avoir roulé plus de 87 heures sans pause réglementaire.

«Les conducteurs peuvent aisément contourner les systèmes de gestion des heures de conduite. S’ils avaient la crainte d’être vérifiés, ça diminuerait», estime M. Bédard.

Auprès du Journal, il insiste: oui, il y a d’excellents camionneurs, prudents et vigilants, mais il y a des dangers sur roues aussi.

Rondes de sécurité

Jean-Denis Bédard pointe du doigt les inspections mécaniques insuffisantes et les entretiens préventifs négligés.

«J’ai vu des camionneurs faire leur ronde de sécurité assis derrière le volant, sans même sortir de leur véhicule», avance-t-il.

Or, l’inspection du camion est essentielle. Elle permet de voir une lumière brûlée ou de constater des défaillances mécaniques.

M. Bédard sait que les heures de conduite peuvent être aisément trafiquées.

À première vue, les registres des heures ont l’air conformes, mais, lorsque l’on se penche sur les reçus de carburant, on voit que ça cloche.

Il y a un relâchement. Ils ont l’impression qu’ils ne se feront pas prendre. Pourquoi faire attention?» se demande-t-il à voix haute.

Il y a 295 contrôleurs routiers au Québec, dont 4 contrôleurs routiers en vérification mécanique, 8 enquêteurs et 22 lieutenants, selon la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec (FCCRQ).

La SAAQ se défend

Interrogée par Le Journal, la SAAQ a confirmé qu’il y avait bel et bien huit inspecteurs en entreprise à la grandeur du Québec, soit deux fois moins qu’en 2018.

Elle mentionne cependant que les contrôleurs routiers font aussi des inspections depuis 2018, ce qui se reflète dans ses données.

Depuis 2020, les inspecteurs exercent leurs fonctions principalement à distance (à partir de leur bureau), ce qui accroît leur efficacité et leur efficience en éliminant le temps de déplacement, explique Gino Desrosiers, porte-parole de la SAAQ. À la suite de l’analyse de la documentation demandée à l’entreprise, ils peuvent, au besoin, se déplacer en entreprise.»

«Je n’ai jamais cru aux inspections à distance. Ce n’est d’aucune efficacité», rétorque Jean-Denis Bédard.