Voici un article de Truck Stop Québec
Cliquez ici pour y avoir accès
À quatre mois du transfert de Contrôle routier Québec vers le ministère de la Sécurité intérieure (MSI), la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec (FCCRQ) sonne l’alarme. Effectifs en baisse, postes de gestion occupés par intérim, perte d’expertise et incertitude entourant le déploiement des contrôleurs routiers armés…
Son président, Jean-Claude Daignault, réclame des réponses et surtout, de la stabilité.
En entrevue avec Benoit Therrien de Truck Stop Québec lundi, M. Daignault s’est montré particulièrement préoccupé par les informations qui circulent concernant le retour sur la route.
Alors que le déploiement de contrôleurs armés était espéré dès septembre, il affirme avoir entendu qu’aucun déploiement ne pourrait avoir lieu pendant la période électorale. Cette information n’a toutefois pas été confirmée officiellement.
« Si on est prêts à sortir, bien sortons, parce que ce n’est pas un enjeu politique, c’est vraiment un enjeu de sécurité routière », insiste Jean-Claude Daignault.
Dans une lettre envoyée le 31 août au président-directeur général de la SAAQ, Serge Lamontagne, la FCCRQ rapporte également que certains de ses membres ont entendu que le déploiement pourrait finalement attendre le transfert au MSI, prévu le 1er janvier 2027. Le syndicat demande donc un échéancier clair.
Une perte d’expertise inquiétante
Le récent retrait de Guy Tremblay, vice-président de Contrôle routier Québec, pour des raisons de santé ajoute aux préoccupations. Ancien directeur général adjoint de la Sûreté du Québec et policier de formation, il jouait, selon la FCCRQ, un rôle important dans le dossier de l’armement et dans la préparation du retour des contrôleurs routiers sur les routes.
« Quand on voyait qu’il y avait une barrière, on se parlait puis on réussissait à faire tomber la barrière », explique M. Daignault, qui craint maintenant que la charge de travail et l’instabilité entraînent d’autres départs.
La structure de gestion est également pointée du doigt. Trois des cinq postes relevant directement de la vice-présidence sont présentement occupés par intérim, tandis que plusieurs personnes doivent cumuler plus d’une fonction. Une situation qui, selon le syndicat, ralentit les décisions et fragilise davantage l’organisation.
De 321 à 279 contrôleurs en deux ans
La baisse des effectifs constitue un autre enjeu majeur. Contrôle routier Québec comptait 321 contrôleurs routiers il y a deux ans, contre 279 aujourd’hui. Et ce nombre ne représenterait pas la capacité réelle disponible sur le terrain, puisque certains contrôleurs occupent temporairement des fonctions administratives ou de gestion, ou sont affectés à d’autres tâches, ou encore, sont absents.
« On ne peut pas demander à une organisation d’accroître sa présence sur les routes tout en diminuant sa capacité opérationnelle réelle. C’est mathématique », explique le syndicat.
Un processus de recrutement est actuellement en cours, a confirmé Jean-Claude Daignault à Truck Stop Québec. Il prévoit toutefois seulement 18 embauches, qui seraient réalisées en février. Comme la formation prendrait ensuite de 15 à 20 semaines, ces nouveaux contrôleurs ne pourraient vraisemblablement être disponibles pour la patrouille qu’autour du mois de juin.
Les armes sont achetées, mais le déploiement demeure flou
Du côté de l’armement, le président de la FCCRQ affirme que le projet est déjà très avancé.
« Tout est en cours, tout est là. Les armes sont achetées. […] Le programme est là, la voie est tracée. »
Le problème se situerait maintenant dans les dernières étapes de mise en œuvre. Procédures, équipements, encadrement juridique, formation et organisation du déploiement… Daignault indique qu’un premier retour sur la route pourrait viser Rimouski, Québec et un secteur de la région de Montréal, avant un déploiement graduel ailleurs au Québec.
Il n’existe toutefois toujours pas de date précise à laquelle l’ensemble des contrôleurs auront terminé leur formation liée au port de l’arme. M. Daignault estime que ce sera quelque part en 2027, l’échéancier dépendant entre autre des places disponibles à l’École nationale de police du Québec.
Le processus est en marche depuis plusieurs mois. En février dernier, une première cohorte de contrôleurs avait commencé sa formation à Nicolet, alors que le retour complet des agents sur le réseau était déjà présenté comme un processus pouvant s’échelonner sur plusieurs mois.
« L’industrie demande d’avoir du contrôle »
Pour Jean-Claude Daignault, l’enjeu dépasse les conditions de travail de ses membres. Il rappelle que les postes de contrôle fixes ne permettent pas de couvrir l’ensemble du territoire et donne l’exemple de Montréal, où il n’existe pas de poste de pesée malgré l’importante circulation de véhicules lourds.
« Mes membres sont tannés d’être dans la balance, ils veulent aller sur la patrouille. La population aussi, l’industrie du transport en général, ils demandent d’avoir du contrôle », affirme-t-il.
Depuis la décision du Tribunal administratif du travail qui a limité les interventions sur la route en raison des enjeux de sécurité entourant les contrôleurs non armés, leur capacité de patrouiller normalement a été fortement réduite. La FCCRQ soutient depuis plusieurs mois que cette situation limite les interceptions de véhicules qui ne passent pas nécessairement par les postes de contrôle.
À quelques mois d’un changement majeur de structure, la Fraternité demande donc à la SAAQ et au gouvernement de préciser rapidement quand les contrôleurs armés retourneront sur les routes, ce qu’il adviendra des postes occupés par intérim et comment se déroulera le transfert du personnel vers le MSI.
Pour Jean-Claude Daignault, une chose ne devrait pas dépendre du calendrier politique :
« Les élections, pour nous autres, ce n’est pas une barrière. »

