Voici un article de La Presse qui mentionne les contrôleurs routiers

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Je sais : le simple fait d’entendre « manifestation de camionneurs » suffit à raviver des traumatismes et à faire grincer des dents.

Ça rappelle le « convoi de la liberté » qui a paralysé Ottawa pendant des semaines lors de la pandémie.

Mais préparez-vous. Dès le 22 septembre, un groupe appelé Assez c’est assez promet de créer de la congestion routière tous les lundis dans plusieurs villes du Québec.

« Se faire entendre et être fatigants, c’est notre but, m’a dit le porte-parole du mouvement, Steve Bourgeois. On va sortir avec nos camions dans la voie de droite. On va respecter la limite permise et on va causer encore plus de trafic à l’heure de pointe, entre 5 h et 9 h. »

On peut certainement critiquer les moyens. L’Association du camionnage du Québec, qui regroupe les principales entreprises de transport de la province, se dissocie d’ailleurs des manifestations à venir, même si elle soutient les revendications du mouvement Assez c’est assez.

Mais il faut reconnaître une chose : cette fois, la cause défendue est légitime, je dirais même cruciale. Les camionneurs réclament essentiellement… qu’on leur serre la vis. Ils veulent davantage de réglementation et davantage de surveillance. Vous avez bien lu.

En écoutant les camionneurs parler des travers qui pourrissent leur industrie, j’avoue que j’ai eu peur. Et je me demande pourquoi la question n’est pas au sommet des priorités politiques du moment. Voilà en tout cas un dossier urgent pour le nouveau ministre des Transports, Jonatan Julien.

Saviez-vous que les contrôleurs routiers n’effectuent plus de patrouilles sur les routes du Québec depuis le mois de mars ? Qu’aucune formation n’est exigée pour conduire un poids lourd de plusieurs dizaines de tonnes contenant parfois des matières dangereuses ?

Que des entreprises de transport bidon engagent des travailleurs autonomes qu’ils envoient au volant de camions souvent mal inspectés et mal assurés ?

Je suis d’autant plus étonné du silence qui règne que nous sommes actuellement en pleine série noire.

Le 25 août, un homme est mort dans une collision avec un poids lourd sur l’autoroute 50. Le lendemain, un autre accident mortel impliquant un camion est survenu sur l’autoroute 20. Le surlendemain, une mère et son fils de 5 ans étaient écrasés par un poids lourd sur l’autoroute 30.

Le week-end dernier, une cycliste est morte après avoir été percutée par un camion lourd à Montréal. Lundi, un camion s’est renversé sur l’autoroute 20, à Lévis, déversant des carcasses d’animaux sur la chaussée. Mercredi, un semi-remorque s’est renversé sur la 30 et a pris feu.

Les causes de tous ces accidents sont multiples, mais leur cumul force les questions. D’autant que le bilan routier de la SAAQ dévoilé cette semaine nous apprend que 77 personnes sont mortes dans des accidents impliquant des camions lourds ou des tracteurs routiers en 2024, contre 57 en 2023. Les décès de camionneurs ont eux-mêmes bondi de 8 à 14.

L’Association du camionnage du Québec souligne qu’il n’est pas étonnant que ce soit le Far West sur nos routes : il n’y a plus de shérif.

Depuis le mois de mars, donc, les contrôleurs routiers ne patrouillent plus sur les routes pour effectuer des vérifications et intercepter les camionneurs délinquants. La raison : les contrôleurs ont subi des agressions lors de certaines interventions et le Tribunal administratif du travail a ordonné leur retrait des routes.

Ils sont maintenant confinés aux postes de contrôle où l’on pèse les camions.

« Au Québec, tout le monde sait maintenant qu’on peut rouler sans se faire arrêter, me dit Frédéric Bisson, un ex-camionneur et animateur de radio. Pire : certains passent tout droit aux pesées, sachant que leur chargement est trop lourd. Ils savent bien que les contrôleurs ne peuvent pas quitter leur poste pour partir après eux. »

Les contrôleurs routiers réclament le droit de porter des armes pour se protéger lors des interceptions qui tournent mal. J’ignore si là réside la solution, mais il est inacceptable que Québec laisse traîner une telle situation depuis six mois.

En parallèle, l’Association du camionnage du Québec dénonce l’utilisation des « chauffeurs inc. » – des travailleurs autonomes employés illégalement selon elle par certaines entreprises de transport afin de faire baisser les coûts.

« Ces entreprises ne respectent pas les normes du travail ni les normes fiscales, mais il y a plus. Elles ne font pas l’entretien des camions : les véhicules sont en mauvais état, les pneus ne sont pas changés. Elles n’assurent pas leurs véhicules, elles falsifient les dispositifs de consignation électronique », énumère Josyanne Pierrat, directrice de la conformité et des affaires juridiques de l’association.

Son président, Marc Cadieux, va jusqu’à affirmer que certains chauffeurs conduisent des poids lourds sans permis de conduire.

On dira que l’association cherche à protéger son marché d’une nouvelle concurrence : c’est vrai et elle ne s’en cache pas. Mais les magouilles de plusieurs entreprises de transport (principalement ontariennes, mais dont les camions roulent aussi au Québec) ont été exposées dans des émissions d’enquête comme JE, à TVA, et Marketplace, à CBC1, 2, 3. Il est écrit dans le ciel que de graves questions de sécurité publique sont en jeu.

À Québec, pourtant, ça ne bouge pas vite. Un projet de loi destiné à rendre la formation obligatoire pour les chauffeurs de camion a été adopté et on devrait en voir les fruits l’hiver prochain (il était temps !).

Mais sinon, Marc Cadieux dénonce le « ping-pong » des ministres qui se renvoient la balle dans ce dossier, sans parler de la SAAQ (vous êtes surpris que ça bloque là ?). Je ne peux m’empêcher de penser que si l’ancienne ministre des Transports Geneviève Guilbault avait passé moins de temps à planifier un troisième lien inutile, elle en aurait eu plus pour s’occuper de ce qui se passe sur nos routes.

Je rappelle que les camionneurs ne demandent ni argent ni privilèges : ils demandent qu’on les surveille, pour notre sécurité à tous. Il faudra s’en souvenir lorsqu’on pestera, pris dans les embouteillages, à cause de leurs manifestations.