Encore un excellent texte de Stéfanie Nantel sur la page Facebook de L’asphalteuse d’opinions

 

Les solutions réclamées par les contrôleurs routiers

Depuis des années, les contrôleurs routiers répètent les mêmes revendications et Québec répond par des demi-mesures. On leur promet des tables de concertation et des « analyses des besoins », mais quand vient le temps de leur donner les outils, on les renvoie à la SAAQ (Société de l’assurance automobile du Québec). Résultat? Un service coincé entre prévention et impuissance.

 

Changer de carrosserie : de la SAAQ à la Sécurité publique

Leur première exigence est limpide : sortir du giron de la SAAQ pour relever de la Sécurité publique. Leur travail n’est pas de gérer des dossiers, c’est d’assurer la sécurité de la population. Depuis plusieurs années, la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec (FCCRQ) insiste pour ce changement. Mais le gouvernement Legault a préféré laisser traîner le dossier plutôt que de trancher.

 

Un statut caduc, des pouvoirs à moitié

Sur papier, ces agents sont des agents de la paix. Sur le terrain, on leur impose des directives qui les empêchent d’intervenir face à des infractions criminelles. Le Tribunal administratif du travail (TAT) a d’ailleurs reconnu le 6 mars 2025 un « danger d’agression qui se matérialise fréquemment » et ordonné la suspension des interventions non planifiées.

En cause : 27 avis de non-conformité en santé et sécurité relevés par la CNESST. Ils touchent directement la sécurité des agents et du public.

D’abord, des procédures d’intervention insuffisantes : aucun protocole solide pour encadrer les interceptions à haut risque ou non planifiées.

Ensuite, des communications défaillantes : des systèmes qui compliquent ou retardent les appels d’urgence.

Il y a aussi une supervision et une formation inadaptées : les agents ne sont pas préparés à affronter des agressions ni à intervenir au milieu d’une circulation dense.

S’ajoute un suivi déficient après agression : peu ou pas de mécanismes pour protéger les agents qui dénoncent.

Et finalement, un soutien policier trop lent : l’assistance peut tarder, laissant les contrôleurs seuls face au danger.

Les correctifs exigés par la CNESST ne seront pas appliqués du jour au lendemain. Certains points jugés critiques sont reportés jusqu’en janvier 2026, d’autres jusqu’en septembre 2025. Et nous sommes déjà en septembre 2025 : autrement dit, la majorité de ces failles reste entière, sans solution immédiate pour protéger les agents. Pas étonnant que le mouvement “ASSEZ, C’EST ASSEZ!” prépare un lundi d’enfer, le 22 septembre, en ralentissant le trafic entre cinq heures et neuf heures sur les ponts des grandes villes du Québec.

 

Des agents exposés sans protection

Le TAT note que le danger d’agression persiste depuis plusieurs années et qu’il a déjà été dénoncé en 2010 lors d’un droit de refus. Les représentants syndicaux rappellent aussi que la suspension des patrouilles entraîne une baisse marquée des interventions sur le terrain, avec des impacts financiers et sécuritaires non négligeables. Mais derrière les chiffres, c’est la protection des agents — et donc celle du public — qui reste compromise.

La FCCRQ souligne que plusieurs dossiers demeurent bloqués par des choix politiques, notamment sur la question de l’armement, la réforme de la formation et le rôle du Contrôle routier au sein de la Sécurité publique.

 

Cohérence, Sécurité, Reconnaissance

Bref, ce qu’ils demandent n’a rien d’extravagant : cohérence, sécurité, reconnaissance. Tant que le gouvernement s’entête à bricoler au lieu d’agir, ce ne sont pas seulement les contrôleurs routiers qu’on met en danger, c’est chaque automobiliste qui partage la route.

Le constat est simple : les correctifs sont repoussés, les agents restent exposés et la sécurité routière ne peut pas se permettre d’attendre le calendrier électoral. La politique peut toujours attendre, mais pas l’autoroute. Pendant que Québec roule au ralenti, les fraudeurs, eux, ont la voie rapide devant eux. Et avec eux, des chauffeurs illégaux et incompétents qu’on ne retire pas de la route — jusqu’à ce qu’ils provoquent les prochains accidents.

Mais il faut regarder les deux côtés de la médaille. D’un côté, un gouvernement à bout de souffle, bon dernier dans les sondages, qui peine à prouver qu’il peut encore agir. De l’autre, l’espoir qu’une figure comme Ian Lafrenière, à la Sécurité publique, impose enfin un vrai virage.

Reste que la politique, comme la route, ne pardonne pas. Quand on roule déjà en dernier, chaque détour peut être fatal. Pendant que les stratèges calculent comment sauver les meubles, les contrôleurs routiers, eux, encaissent insultes, menaces et agressions.

Le 22 septembre, ce ne sera peut-être qu’un lundi d’enfer dans le trafic, mais pour les contrôleurs routiers, l’enfer dure déjà depuis trop longtemps…

 

 

Sources :

Tribunal administratif du travail (TAT) — Décision du 6 mars 2025.

Journal de Québec — « Contrôleurs routiers interdits de patrouille : la demande de sursis de la SAAQ rejetée en Cour supérieure », 1er avril 2025.

Journal de Montréal — « Un vide sécuritaire sur nos routes », 6 août 2025.

Truck Stop Québec — « 27 dérogations relevées par la CNESST », 9 juillet 2025.

Vingt55 — « Entente de principe entre Québec et la Fraternité des constables du contrôle routier », 2023.

(Photo : Stéphanie Mac Farlane – Journal Métro)