Le président Jean-Claude Daignault a accordé une entrevue à Truck Stop Québec
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Alors que la sécurité sur les routes du Québec est mise à mal depuis une décision du Tribunal administratif du travail (TAT) rendue en mars dernier à l’endroit des contrôleurs routiers, le gouvernement et la SAAQ tardent toujours à réagir.
Cinq mois plus tard, l’absence de patrouilles de Contrôle Routier Québec (CRQ) hors des postes de pesée engendre une série de conséquences importantes pour les citoyens, les infrastructures et l’ensemble de l’industrie du transport.
Dans une lettre adressée à la ministre des Transports et de la Mobilité durable, Geneviève Guilbault, le président de la Fraternité des constables de contrôle routier du Québec (FCCRQ), Jean-Claude Daignault, tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme.
« Après cinq mois de confinement, les restrictions à notre travail sont plus nombreuses qu’au départ, les impacts décrits ci-haut iront en s’amplifiant », mentionne M. Daignault dans sa lettre adressée à la ministre. « Et je me permets de faire un parallèle avec l’accident “des Éboulements” où 44 personnes ont perdu la vie à cause de restrictions d’interceptions que nous avions (rapport du coroner Malouin). Je considère que la situation actuelle est pire qu’à l’époque, car il y a une multitude d’éléments qui sont enlignés, et tout est en place pour une future catastrophe routière. »
Un vide de surveillance sur les routes
Depuis le jugement du TAT, les contrôleurs routiers n’ont plus l’autorisation d’intervenir activement sur les routes.
Résultat : aucun contrôle sur les viaducs à risque, aucune surveillance du transport de matières dangereuses dans le tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, ni d’inspections dans les 13 aires de vérification de freins. Même les vitesses dans les zones de chantier, les autobus scolaires et nolisés, l’équité entre transporteurs et les surcharges de camions ne sont plus surveillées.
Le gouvernement, pour sa part, n’a toujours pas émis la directive ministérielle requise pour corriger la situation, pourtant sans nécessité de modifier une loi. Un simple décret aurait suffi, selon la Fraternité.
Des pertes humaines et financières
En plus du risque significatif d’accidents mortels, les impacts budgétaires sont importants : le nombre d’interceptions aurait chuté de 65,000 sur une base annuelle, générant 2,500 constats d’infraction en moins chaque mois. La perte de revenus pour l’État est estimé à 15 millions de dollars.
Sur le terrain, la montée de comportements illégaux inquiète. Des cas auraient été rapportés, tels qu’un conducteur de matières dangereuses ayant retiré ses affiches de sécurité pour emprunter un tunnel interdit, ou encore un taxi transportant huit passagers, dont certains dans le coffre. Le mois dernier, à Baie-Saint-Paul, le maire Michael Pilote a lui-même tiré la sonnette d’alarme en conseil municipal, s’inquiétant de voir plusieurs camionneurs négliger des étapes critiques comme le test de freinage en haut de la côte de Saint-Antoine, ce qui aurait déjà mené à un décès.
Cinq mois après le jugement du TAT, aucune des 27 dérogations identifiées par la juge n’a été corrigée, et sur les six avis émis par la CNESST, un seul a trouvé résolution. Pour Jean-Claude Daignault, plusieurs de ces lacunes pourraient être comblées si le gouvernement tranchait enfin sur la question de l’armement des contrôleurs. Il dénonce deux scandales majeurs : celui de SAAQclic, chiffré en millions de dollars, et celui du contrôle routier, dont le coût se mesure aussi en vies humaines. Malgré une demande officielle de mise sous tutelle de la vice-présidence de la SAAQ déposée en avril et de nombreuses offres de collaboration, ses démarches sont demeurées sans réponse.
« Je vous fais part de ma vive inquiétude; s’il était décidé de nous munir d’un « Teaser », cet outil ne réglerait rien, il deviendrait notre 3e arme défensive après le poivre et le bâton télescopique. Nous serions mieux équipés que plusieurs policiers, vous pourriez nous en ajouter des dizaines, mais cela ne répond pas aux critères d’agressions de l’ENPQ, de l’emploi de la force. Il coûte plus cher à l’achat et à opérer, et cela nous confinerait encore plus longtemps dans les balances. L’arme à feu reste la seule option décente », écrit-il.
Une question demeure, tant pour les gens de l’industrie que pour le public : peut-on encore faire confiance à la SAAQ après les ratés de SAAQclic, les scandales internes et la lenteur excessive des décisions? Et surtout, quand le transport et la sécurité routière deviendront-ils enfin une réelle priorité pour nos élus? Sans nécessairement pointer vers une seule solution, plusieurs s’interrogent face à l’inaction gouvernementale et aux conséquences qui s’accumulent, dans un contexte déjà fragile marqué par une crise profonde dans le secteur du camionnage.

