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Des chauffeurs de camion paient des mécaniciens de 100 $ à 600 $ sur Marketplace pour échapper aux inspections de 18 roues obligatoires.

« C’est 100 $ pour fermer les yeux sur des lumières brûlées et 600 $ pour une défectuosité majeure, par exemple pour des freins finis », dénonce Jean-Claude Daignault, président de la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec (FCCRQ).

 

Depuis plusieurs années, des annonces circulent sur les réseaux sociaux concernant des mécaniciens offrant de déclarer des 18 roues conformes dans les systèmes de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) en échange d’un pot-de-vin.

Au Québec, plus de 1700 mécaniciens autorisés, dans 175 compagnies, font plus de 250 000 inspections chaque année pour s’assurer que les camions sont sécuritaires.

Or, seulement trois constables sont chargés de surveiller ce réseau, ce qui fait exploser les dérapages, selon leur syndicat.

De la fraude aux accidents

Lors de son passage de la semaine passée à l’enquête publique portant sur les collisions mortelles de poids lourds, Jean-Claude Daignault a dénoncé « la complaisance et la fraude ».

Il n’est pas le seul. Dans l’industrie, c’est un secret de polichinelle.

« Chaque semaine, on vient à moi pour dénoncer des mandataires », avance Benoit Therrien, président de Truck Stop Québec, un média de 341 000 membres.

« On peut acquérir cela sur Marketplace. Ce n’est pas avec trois inspecteurs que l’on va réussir à éradiquer le système », dénonce également Marc Cadieux, PDG de l’Association du camionnage du Québec (ACQ).

Début avril, cinq personnes ont été arrêtées en lien avec de fausses inspections dans l’enquête sur l’accident de Vallée‐Jonction qui a enlevé la vie à Alexandra Poulin.

Rien n’indique que ces arrestations soient liées à des documents vendus sur Marketplace, mais elles illustrent les conséquences tragiques des inspections frauduleuses.

Enquête en cours

Mercredi, l’Association des mandataires en vérification mécanique du Québec n’a pas voulu accorder d’entrevue au Journal.

« Une enquête est actuellement en cours et les données associées ne sont pas publiques à ce stade-ci », se limite à dire par courriel sa directrice générale, Isabelle Pépin.

« Nous n’endossons aucune pratique frauduleuse et nous prônons l’intégrité au sein de l’ensemble du réseau d’inspection mécanique. La grande majorité des professionnels de l’industrie de l’entretien et de la vérification mécanique œuvre avec rigueur, honnêteté et respect des lois et règlements », assure-t-elle.

Ces trois dernières années, la SAAQ a transmis 10 signalements à la police, menant à la révocation de deux mécaniciens en 2023, de quatre en 2024 et d’un seul l’an passé.

« Comme certaines enquêtes sont toujours en cours, la Société n’émettra pas de commentaire », indique une porte-parole, Geneviève Perron.

L’organisation dit avoir eu une rencontre virtuelle avec 150 mandataires lundi dernier pour les sensibiliser.