Voici un article du Journal de Montréal

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Des camionneurs vont jusqu’à voler l’identité d’un collègue pour rester clandestinement au volant de leurs 18 roues au-delà des heures légales.

« Il y a des trous qui restent. Colmatons ces trous-là », lance Jean‐Sébastien Bouchard, cofondateur d’Isaac Instruments, à Saint-Bruno-de-Montarville, qui produit une tablette conçue pour les camionneurs.

« Il y a des chauffeurs qui utilisent le nom d’un collègue », pointe-t-il.

Le Journal l’a rencontré la semaine dernière, après son passage remarqué à l’enquête publique portant sur les collisions mortelles de poids lourds.

Devant le coroner Dave Kimpton, Jean‐Sébastien Bouchard a dit que l’industrie du camionnage a franchi un pas de géant en passant du papier au dispositif de consignation électronique (DCE) pour noter les heures de conduite.

« Coût, coût, coût »

Il a demandé aux autorités de croiser au plus vite les données pour repérer ceux qui trichent sous plusieurs identités et a dénoncé l’usage du cellulaire au volant.

Au Canada, un conducteur peut travailler jusqu’à 70 heures par semaine, soit cinq jours de 14 heures (13 heures de conduite et une heure de travaux autres).

Des études indiquent qu’après 24 heures sans dormir, les capacités sont comparables à celles d’une personne ayant une alcoolémie de 0,10, au‐delà du seuil criminel.

« La mentalité dans le transport c’est : coût, coût, coût. C’est ça qui a amené le phénomène des chauffeurs inc. », résume Jean‐Sébastien Bouchard d’Isaac.

Les chauffeurs inc., aussi appelés chauffeurs au rabais, sont des camionneurs qui se disent indépendants pour éviter les cotisations sociales et qui sont souvent sous‐payés, peu formés et au volant de camions défectueux. Ils viennent souvent de Brampton, en Ontario, un centre logistique majeur au pays.« Plusieurs compagnies utilisent deux dispositifs de consignation électronique (DCE), et souvent le deuxième c’est un téléphone. Quand les heures vont être dépassées, ils passent à l’autre, déplore Jean-Claude Daignault, président de la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec. Nous n’avons aucun moyen de le vérifier. »

Comme l’alcool

En faisant visiter le siège social ultramoderne de son entreprise avec un chiffre d’affaires de 75 M$, Jacques DeLarochellière, PDG et cofondateur d’Isaac, n’en démord pas.

« Dans quelques années, on va dire qu’il est aussi ridicule de mettre un téléphone sur le tableau de bord que de conduire avec une bière », image-t-il.

En août dernier, la mort de Tanya Lalonde et de son fils Elliot dans un accident impliquant un poids lourd sur l’autoroute 30 à Boucherville l’a ébranlé.

« Ça nous touche directement quand c’est un accident très proche. C’est une famille que l’on connaît », conclut-il.