Voici un article de La Presse

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C’est un triste record que le Québec a franchi en 2025 : plus de 100 personnes sont mortes dans des accidents de la route impliquant des véhicules lourds, selon le plus récent bilan de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).

Plus du quart des décès survenus sur les routes du Québec l’an dernier ont impliqué un véhicule lourd (102 sur 371).

Il s’agit d’une hausse de 17,8 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années des personnes tuées lors d’une collision impliquant des véhicules lourds.

« Il y a une tendance », dit Simon-Pierre Poulin, porte-parole de la SAAQ, qui ajoute que « c’est préoccupant ».

Les conséquences sont bien réelles pour Nathalie Poulin : sa fille Alexandra est morte à 26 ans, quand un camion s’est renversé sur sa voiture à Vallée-Jonction, en décembre 2024.

Le camionneur impliqué, Mohsan Ihsanullah, a été arrêté et accusé de négligence criminelle et de conduite dangereuse.

« Alexandra avait la vie devant elle », dit Nathalie Poulin, émue. La jeune femme travaillait avec des personnes handicapées dans des maisons de répit. « Elle faisait vraiment une différence, et elle aimait ça », selon sa mère, qui dit que depuis, « on ne vit pas, on survit ».

Oui, « des accidents, ça arrive tous les jours et personne n’est à l’abri de ça », dit Mme Poulin. Mais la mort de sa fille, « ce n’est clairement pas un accident », ajoute la femme, qui croit que bon nombre de décès causés par des collisions avec des poids lourds auraient « pu être évités ».

« Trop peu, trop tard »

L’année 2025 a en effet été marquée par des accidents qui semblent avoir été causés par la fatigue ou la distraction des camionneurs, mais aussi par la présence de « chauffeurs inc. », des camionneurs peu formés louant à bas coût leurs services à des entreprises de camionnage.

La mort de Tanya Lalonde et de son fils Eliot, 5 ans, en août dernier, a aussi marqué les esprits. Un camion semi-remorque n’aurait pas réussi à freiner à temps, percutant plusieurs véhicules immobilisés sur la chaussée.

« La bonne nouvelle, c’est qu’il y a des actions qui ont été prises cette année qui, on l’espère, vont améliorer le bilan routier, dit Simon-Pierre Poulin. La première, c’est qu’il y a une formation obligatoire maintenant pour les gens qui veulent obtenir leur permis de camionnage classe 1, ce n’était pas le cas avant.

« C’est trop peu, trop tard », dit Nathalie Poulin.

Ça ne règle pas le problème : si la personne n’a pas eu son permis au Québec, elle est aussi dangereuse quand elle est sur nos routes.

 Nathalie Poulin, mère d’Alexandra Poulin

Elle souhaite que le gouvernement fédéral « reprenne les rênes du pouvoir » pour que les règlements entourant le camionnage soient uniformisés d’une province à l’autre et se désole de « l’inaction du gouvernement québécois ».

La SAAQ cite aussi parmi les signes encourageants l’enquête publique sur les décès impliquant des camions lourds, qui doit se poursuivre à l’automne, mais admet que « l’éléphant dans la pièce » est l’absence de contrôleurs routiers.

Ceux-ci n’effectuent plus d’interventions non planifiées sur la route depuis mars 2025, quand le Tribunal administratif du travail a décrété que leur métier était trop dangereux pour qu’ils soient sur la route sans être armés.

« C’est sûr que ça a un impact, parce que ça réduit les contrôles potentiels sur les camions », dit Simon-Pierre Poulin. La SAAQ souhaite que tous les contrôleurs routiers reprennent la route en 2027.

En 2025, il y avait 184 678 camions ou tracteurs routiers en circulation au Québec, selon la SAAQ.

Distraction, alcool, vitesse…

En 2025, 371 personnes sont mortes sur les routes de la province, soit 8 de moins qu’en 2024.

« Oui, le bilan s’améliore un peu, mais les causes [d’accidents] demeurent les mêmes », dit Simon-Pierre Poulin.

M. Poulin cite d’abord la distraction au volant. « Ce n’est pas juste le téléphone cellulaire. C’est manger ton hamburger, c’est ta cigarette que tu essaies d’allumer, ton bout de papier qui est tombé en dessous que tu essaies de rattraper, c’est les enfants en arrière… », énumère-t-il.

L’alcool au volant, la vitesse et l’absence de ceinture de sécurité sont aussi dans le « portrait-type » d’une victime de la route.

Selon la SAAQ, 98 % des automobilistes portent leur ceinture, mais le faible pourcentage de conducteurs qui ne la portent pas est surreprésenté dans les décès.

« On a fêté dernièrement les 50 ans du port obligatoire de la ceinture de sécurité, mais même en 2025, à peu près le tiers des gens qui sont décédés dans une voiture au Québec ne portaient pas leur ceinture de sécurité », dit M. Poulin.