Voici une chronique de Mario Dumont au journal de Montréal

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Je l’ai dit publiquement à quelques reprises, lorsque le trafic ralentit brusquement, je jette un coup d’œil nerveux à mon rétroviseur en freinant. Est-ce qu’un camion, un poids lourd s’en vient derrière moi en conservant sa vitesse ? En réalité, je me demande : « Vais-je être un ingrédient d’un sandwich en métal dans 20 secondes ? »

L’enquête publique du coroner qui examine les accidents mortels impliquant un poids lourd n’est même pas à mi-chemin qu’on comprend déjà son immense utilité. Ce qu’on y entend ne rassure pas ceux qui, comme moi, ont développé une méfiance à l’égard de plusieurs camions qui circulent sur nos routes.

Je précise que j’ai le plus grand respect pour le métier de camionneur. C’est un travail absolument essentiel à la vie en société en commençant par les besoins fondamentaux, comme la nourriture. C’est un travail exigeant, respectable et des gens honnêtes y font de longues carrières dans le respect des règles.

Négligence

Le problème, c’est qu’un mélange de négligence et d’aveuglement volontaire a laissé s’installer un Far West du camionnage. C’est ça qui me fait peur.

Nous connaissions déjà le phénomène des « camionneurs inc. »: de faux travailleurs autonomes, non formés, dont le modèle d’affaires consiste à contourner les règles. Ils contournent les règles de l’impôt et des relations de travail, ce qui me dérange. Mais ce qui me dérange bien plus, c’est qu’ils se soustraient aussi aux règles de sécurité, autant celles concernant le conducteur que celles liées à l’entretien de cet énorme véhicule.

L’enquête publique du coroner nous apprend aussi que les « camionneurs inc. » ne constituent pas l’unique problème. Il existe d’autres formes de tricheries que les témoins ont commencé à étaler devant le coroner Dave Kimpton. Des vols d’identité ou des stratagèmes de double identité pour dépasser les heures de conduite permises… donc, pour conduire épuisé. Sans parler des entourloupettes pour éviter l’inspection mécanique.

Le point de vue des contrôleurs routiers mérite qu’on s’y attarde. Ceux-ci semblent bien conscients de certaines problématiques connues dans l’industrie. Dans certains cas, ils n’ont pas les outils technologiques pour agir. Dans d’autres cas, ils n’ont pas les coudées franches pour procéder aux vérifications.

Trop de morts

Puisqu’on joue avec la vie des gens, on arrive à un moment où il faudra faire preuve de rigueur. Il y a déjà eu assez de morts. D’ailleurs, 100 des 349 décès de 2024 sur les routes impliquaient un poids lourd. Pour mettre fin au sentiment de Far West, il faudra interpeller les cow-boys.

Que dire enfin du décès de Nancy Lefrançois et de son fils Loïc à Brossard en 2022? Ce cas plus ancien n’est pas couvert par l’enquête, mais il est néanmoins révoltant. Le camionneur parlait au téléphone tout en jouant à un jeu sur le même appareil. Il n’a pas freiné.

Après l’accident, il a fui et est retourné en Inde d’où il vient. Il a finalement été arrêté aux États-Unis grâce à la collaboration entre les corps de police. Un cas patent.